Comment différencier les zones de tenue des bars en fonction des instincts dominants ?

Comprendre les zones de tenue des bars.
Nous l’avons tous constaté, et cela ne concerne pas que les bars, la tenue des poissons évolue au cours d’une saison, d’une semaine et même d’une journée. Ces changements de comportements et ces migrations dépendent de leurs besoins à un instant T et sont donc intimement dépendants de l’instinct dominant à ce moment.

Nous avons évoqué dans un sujet précédent les 3 instincts fondamentaux qui régissent la vie des prédateurs. Au cours d’une journée, en fonction de leurs besoins, mais aussi principalement de paramètres extérieurs, le rapport de dominance et d’importance entre les instincts varient et a un impact direct sur leurs zones de tenue.

Survivre ou se nourrir, les bars choisissent leur zone de tenue souvent en fonction de l'instinct dominant.
Survivre ou se nourrir, les bars choisissent leur zone de tenue souvent en fonction de l’instinct dominant.

La reproduction et ses migrations

S’il est évident que nous ne recherchons pas les bars pendant la période de fraie, il est indispensable de comprendre que ce besoin de perpétuer l’espèce mène ce poisson à quitter la côte pour se réunir sur des plateaux au large. Ainsi, il faudra attendre fin mars pour que les poissons reprennent peu à peu le chemin de la côte. Et c’est seulement les semaines suivantes qu’ils investiront les bordures à la faveur des gros coefficients et de la montée en température des eaux. Enfin, si des bancs importants existeront toujours, ils se répartiront davantage sur l’ensemble des spots disponibles.

Alors, en début de saison, vos recherches doivent principalement s’orienter vers des spots situés au petit large.

Jamais loin du frigo, jamais loin du canapé

En termes de pratique halieutique, la recherche du « bon endroit au bon moment » est la clef de la réussite et doit être votre préoccupation principale au bord de l’eau. Je pars du principe que les poissons, comme nous, ne se tiennent jamais loin du réfrigérateur, jamais loin du canapé et qu’ainsi ils évoluent de l’un à l’autre au gré du besoin dominant.  Ainsi, pour les localiser, il faut bien souvent rechercher un spot alimentaire proche d’une zone de repos ou sécurisante et même si possible un espace offrant les deux, le gîte et le couvert.

Une zone permettant de se cacher, de se reposer, mais aussi proche d'une source de nourriture est sans doute un excellent spot à bars.
Une zone permettant de se cacher, de se reposer, mais aussi proche d’une source de nourriture est sans doute un excellent spot à bars.

La typologie des spots

Si l’on schématise, il existe 3 types de zones de tenue des bars, celles de repos, celles d’affût et celles de chasse. Ces zones sont investies en fonction du couple instinct de survie/ instinct d’alimentation et du degré de dominance de l’un sur l’autre à un instant T.

Ce degré détermine les zones de tenue et surtout l’activité des bars et donc leur prédisposition à être capturés. Un prédateur en quête de nourriture sera bien moins méfiant et en recherche de quiétude que celui qui a besoin d’assurer sa sécurité physiologique et affective. Alors, ces premiers seront aptes à s’aventurer dans des zones stressantes et risquées que les seconds délaisseront.

Les spots de repos

Les spots de repos ne sont pas particulièrement intéressants pour le pêcheur dans la mesure où les poissons qui s’y tiennent sont en recherche de calme et non d’alimentation. Ainsi leur activité prédatrice sera limitée. Cependant, un bar demeure un opportuniste et une zone de repos demeure bien souvent proche d’une source de nourriture. Si les bars ne sont pas particulièrement disposés à chasser leur nourriture, néanmoins ils ne refuseront pas un leurre ou un appât présenté sous leur nez.

Ces zones, quelle que soient leurs structures, ont un point commun, celui de réunir des inhibiteurs de stress à savoir :

  • Une structure qui permette de s’abriter des regards (parcs à huitres, roches, algues, etc)
  • Une profondeur relativement importante ou un accès proche à une zone profonde
  • Une activité humaine réduite (bruit et agitation ou pêcheur)
  • Eventuellement une luminosité réduite
  • Une pression de pêche peu importante
  • Un apport d’oxygène important si la météo le nécessite
Les roches émergentes présentent un attrait halieutique dans des conditions météorologiques bien spécifiques.
Les roches émergentes présentent un attrait halieutique dans des conditions météorologiques bien spécifiques.

Les spots d’affut

Les spots d’affût sont souvent identiques, ou du moins très proches, des précédents. Ce qui les distingue n’est pas la structure en elle-même du spot mais la position des bars au sein de celle-ci.

Il peut alors s’agir de la position par rapport à une tête de roche ou un plateau. Les bars actifs seront alors en amont de ce dernier ou au sommet de la première.

Mais cela peut être aussi une hauteur d’évolution dans la colonne d’eau, a fortiori entre deux eaux ou sous la surface.

Ou tout simplement cela peut être un endroit spécifique dans une baie, un contre-courant, une avancée rocheuse ou un parc à huîtres par exemple. Les poissons en quête de nourriture et actifs se positionneront à l’endroit le plus propice pour surprendre leur nourriture, donc à proximité immédiate du courant nourricier par exemple et à l’abri des regards ou du courant. Ainsi, juste à l’arrière d’une roche dans un radier, à la lisière de deux substrats, à la sortie immédiate d’un parc ou encore à la jonction du courant et du contre-courant.

Les poissons au repos ne seront sans doute pas loin mais à une hauteur et position différentes.

Sur ces zones, le passage d’un endroit à un autre est déterminé bien souvent par une hauteur d’eau spécifique, un moment de marée, une luminosité précise liée au cycle journalier ou à la météo. Ce moment est parfois court et c’est l’analyse d’un spot et de son fonctionnement qui permet de déterminer le fameux « bon endroit au bon moment ».

Les lisières de substrats sont souvent d'excellents spots d'affût , mais aussi de repos. L'attitude et la position des bars y seront alors diféfrentes.
Les lisières de substrats sont souvent d’excellents spots d’affût mais aussi de repos. L’attitude et la position des bars y seront alors différentes.

Les spots de chasses

Les spots de chasses sont souvent bien différents des derniers car ils correspondent à une activité accrue des prédateurs. S’ils peuvent être en pleine eau lors de la présence d’un banc de poissons fourrage, ils peuvent aussi correspondre à des zones vides une grande partie du temps.

Ces spots ne sont habités et ne fonctionnent souvent que dans des conditions particulières qui dépendent principalement de deux facteurs : La météo et la temporalité.

 L’influence de la météo

En effet, la météo, notamment le vent et la couverture nuageuse, sont des éléments déterminants dans l’activité des bars.

Sous l’effet du vent se créent les vagues, la houle et le ressac qui, en frappant les berges, mettent en suspension nombre de micro-organismes qui sont à la base d’une chaîne alimentaire locale. Ainsi, certaines plages ou rives abritent du poisson uniquement lorsqu’elles sont battues par le vent et la houle. Bien souvent, quelques heures ou jours sont nécessaires pour que les bars migrent sur ces spots.

Par ailleurs, sans que le vent soit fort, il influe sur l’activité des prédateurs en ridant la surface de l’eau. Ce phénomène a pour effet de diffracter la lumière et ainsi de réduire la luminosité ambiante du milieu. La zone devient non seulement moins stressante, mais surtout elle favorise la chasse des prédateurs en les rendant moins visibles aux yeux de leurs proies.

Alors, un coup de vent lors d’une journée de grand soleil et pétole est souvent un bon moment à exploiter.

La luminosité liée au cycle journalier est un élément qui conditionne les migrations des bars quotidiennement.
La luminosité liée au cycle journalier est un élément qui conditionne les migrations des bars quotidiennement.

L’importance de la temporalité

La mise en activité des prédateurs est bien souvent liée à des conditions météorologiques spécifiques favorisant les conditions de chasse ; mais elle est aussi souvent conditionnée par d’autres facteurs plus réguliers et cycliques. En écrivant ses mots je pense tout particulièrement aux fameux coups du matin et du soir. S’ils sont des moments clefs où les prédateurs peuvent profiter de la faible luminosité pour chasser, leur intérêt ne se limite pas au moment, mais aussi au lieu…

En effet, lorsque la nuit tombe, l’activité des bars croit sur les bordures à mesure que l’activité humaine décline en ces lieux. Ces zones peu profondes et proches du rivage deviennent de moins en moins stressantes et permettent aux prédateurs de laisser libre cours à leur instinct alimentaire, mais ce n’est pas tout…

A la faveur de l’obscurité, les crustacés sortent de leur cachette et deviennent particulièrement actifs. Les bars le savent et se mettent à la cueillette. Typiquement, des zones peu profondes en bordures qui sont des spots assez compliqués à exploiter en journée, car souvent désertés par les prédateurs, deviennent des spots extrêmement productifs quelques heures plus tard.

Ainsi, il est toujours important de prendre en compte la temporalité pour comparer le niveau de stress d’un spot au regard de son apport alimentaire. Sa valeur évolue au cours de la journée !